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dimanche 8 avril 2018

Chapitre 12 : Jason

Depuis l’accident, Jason était devenu un oncle irréprochable. Samy jouait à la marelle sur le trottoir, devant la cabine téléphonique quand elle s’était fait renverser par ce salaud qui avait perdu le contrôle de son véhicule. Evidemment, quand Jason était sorti, le mec s’était enfui et la petite Sam était là, par terre, inconsciente.
 C’est à ce moment précis qu’il s’était rendu compte de ce que c’était d’être responsable d’un enfant. Avant, pour lui, Sam n’était qu’une petite puce sauteuse accaparant Luke et Susan. Il n’avait pas bien compris pourquoi ils avaient enchaîné en mettant le petit Joe en route. Déjà comme ça, Jason n’avait plus de temps pour son frère. Il avait renoncé à sa carrière de cascadeur, ce n’était pas un métier pour un père de famille, soi-disant. Jason soupçonnait Suzan de lui avoir fait du bourrage de crâne jusqu’à ce qu’il renonce. Jason, lui, ne s’était pas arrêté et il s’entraînait beaucoup entre deux tournages ou démonstration à caractère promotionnel. L’équipe des deux frères s’était dissoute dans le travail, mais pas dans la vie.
Tout de suite après l’accident, Jason s’était occupé de trouver pour la petite Samy la meilleure équipe de rééducation, et il l’avait conduite lui-même plus d’une fois chez le kiné des cascadeurs, George Hasting. C’était le moins qu’il pouvait faire.
Si seulement il lui avait dit non. Si seulement, il ne l’avait pas laissée jouer toute seule pendant qu’il téléphonait ce jour là.
Le destin prend des chemins cruels. Jason ne pouvait hélas rien changer pour Samy et la petite serait handicapée pour toujours. Jason en pleurait de rage souvent, même si ça ne changeait rien et que ça ne lui faisait même pas de bien, à lui.
C’est ensuite tout naturellement qu’il avait proposé son loft à son frère et à sa belle sœur. Ancien entrepôt, l’appartement était spacieux et surtout doté d’un très vaste ascenseur où Jason s’était un temps adonné à d’autres entraînements en galante compagnie. L’appartement avait ainsi trouvé rédemption, et de lieu de plaisir était devenu lieu convivial et familial où toute la tribu aimait à se retrouver.
Jason poussa le bouton de sonnette de Madame Freeman. Il allait emmener Samy à Central Park aujourd’hui. Il faisait beau, un peu frais, mais la lumière était belle : un temps idéal pour un tournage. Il n’avait pas pris sa petite caméra, non, il voulait aider Sam à faire un peu de brachting, une technique qui consistait à suspendre l’enfant à une barre pour faire des tractions avec les bras. Samantha devait impérativement développer sa capacité respiratoire.
« C’est moi, Bertha, c’est Jason ! »
Au son caractéristique de l’impulsion électrique, Jason appuya de l’épaule contre la porte. Quelques instants plus tard, Sam était devant lui.
« -Tu es prête petite bulle ? Questionna-t-il
-Ne m’appelle pas comme ça, je suis grande maintenant !
-Mais tu joues toujours aux bulles, non ?! »
Samantha se tortillait sur son fauteuil. Pour rien au monde, elle ne renoncerait à son rituel matinal.
« -Tu sais, ce matin, il y a eu un crime !enchaîna-t-elle.
-Hélas, il y en a certainement eu plus d’un, tu sais, Lolipop …
-Oui, mais celui-là, il a eu  lieu juste en dessous de chez nous !
-Ah bon ? Tu as entendu quelque chose ?
-Non, rien, mais j’ai vu les pieds du monsieur quand la police est venue ce matin.
-Ses pieds, rien que ses pieds ?
-Ben oui, ils l’avaient mis sous une couverture !
-Tu étais encore à la fenêtre toi ?
-Hun, hun… C’est pas interdit, papa me tenait !
-Ton père t’a laissé regarder une scène de crime ? Ah, ça, ça m’étonne de lui !
-Mais noooonnn ! Il n’avait pas vu, et ensuite il m’a fait rentrer.
-Ah bon, je préfère ça, sinon, j’aurais posé une réclamation de tonton scandalisé, répliqua Jason en se penchant sur Sam pour la chatouiller.
-Même que j’ai cru que c’était Connie !
-Connie, la petite vieille de l’escalier de service ?
-Ben oui, elle n’a personne pour la protéger !
-Ne t’inquiète pas pour elle, elle est increvable, et puis elle est championne de karaté !
-Connie ? Là, Samantha resta sans voix, elle n’en revenait pas.
-Mais non, c’est une blague ! S’esclaffa Jason, très content de son coup. Allez, je t’emmène au parc, tu n’as pas oublié, j’espère ? » Samantha referma la bouche ; pas pour longtemps : « -Moi, je t’ai fait des cookies ! Ils sont dans le petit paquet là sur la table ! Ne les oublie pas !
-Des cookies, miam ! Ca, ça mérite dix tractions de plus ! Kyle doit nous rejoindre ! Je ne sais pas si on va lui en garder ! Tu vas faire de l’exercice, je te préviens, si tu crois que je vais te laisser assise là toute ta vie, non mais, et puis quoi, encore !
- Et demain soir piscine ? demanda Sam, histoire d’en profiter jusqu’au bout.
-Demain soir piscine, si tu veux ! Je ne travaille pas en ce moment ! Je suis tout à toi Princesse Bulle ! Je fais de ta rééducation physique une affaire personnelle, tu le sais bien ?
-Oui, et je deviendrai cascadeur comme toi !
-Pour ça on verra après ta prochaine opération, hein, on ne va pas s’emballer tout de suite ! Il faudra être un peu raisonnable quand même, tu sais !
-Je sais, je sais. Maman me le dit toute la journée !
-Allez dépêche toi un peu, ah ces filles, toujours en train de traîner !
-Au revoir Bertha ! A demain ! » Jason fit un signe de la main à madame Freeman qui était dans sa cuisine, en train d’écouter la radio. Sam l’imita.
Jason tint la porte ouverte devant elle.
« - Allez, on fait la course ? » Le jeune homme blond et athlétique se mit comiquement à trottiner à côté du fauteuil que Sam actionnait à grands coups de paumes de la main. Les rires de la petite fille pansaient un peu le cœur en morceaux de Jason.
A cette allure, ils seraient très vite au parc.

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