« -Trois
autres, chef, en tout j’ai relevé trois autres crimes commis avec le même
scénario sur Manhattan, Brooklyn et aussi un à Central Park, quelques mois plus
tôt ! » Jefferson agitait une liasse de papiers sous le nez de Phil Lockwood,
espérant le sortir de la torpeur dont il était coutumier.
« -
Tous des hommes, entre cinquante cinq et soixante et quelques années, tous
percés de coups de couteau, dont un dans le dos, mortel.
-Ce
qui nous fait six meurtres du même acabit sur les bras ! » énonça
mornement Lockwood en laissant retomber la pile de dossiers que Jefferson
venait de lui apporter, « dont deux en moins d’une semaine ! Espérons
que notre tueur n’accélère pas encore le rythme ! »
Lockwood
n’avait aucune préférence pour les enquêtes concernant les meurtres en série.
Un meurtre isolé lui paraissait déjà bien assez compliqué. Là, il allait
falloir chercher tous azimuts, dans le passé des victimes, dans leurs vies
professionnelles et sentimentales et tout ça, ça prendrait du temps, beaucoup
de temps.
Le maire, Michael Bloomberg, maintenait
une pression de fer sur les équipes de police.
« -
Ce genre d’affaires fait mauvais effet dans les statistiques de résultats. Les
consignes sont drastiques et là, elles vont exploser d’un seul coup, sans
parler de la peur qui va se répandre dans Manhattan si le caractère répétitif
des meurtres parvient aux oreilles de la population ! » Lockwood
s’était levé pour se rasseoir aussitôt sur le coin de son bureau, qu’il
affectionnait tout particulièrement. De là, il pouvait jeter un œil par la
fenêtre ou bien sur la salle de débriefing où s’agitaient ses hommes.
« -Les
journalistes ont déjà relayé la mort de Mc Kenzie dans la presse. Ce grand
magnat de l’immobilier était riche à millions, et sa disparition soulève
beaucoup d’interrogations. D’autant plus qu’il ne semble pas avoir d’héritier
désigné.
-Un
obscur neveu du Kansas va peut-être se manifester ! » ironisa
Jefferson.
« -En attendant, les assurances vie et
toute la fortune de la victime sont bloquées. » tint à préciser Phil.
« -La bonne nouvelle, c’est la
découverte que j’ai faite à propos des
cartes de visite ! » lança le subalterne, sentant le moral de
son patron tomber en chute libre.
«- Mc Kenzie a habité le quartier
de la pizzeria, quinze ans plus tôt, dans un immeuble complètement rénové
depuis, mais l’adresse est restée la même. Alors, ça ressemble un peu plus à un
règlement de compte entre anciens voisins, hein, chef ? » demanda Jefferson.
« -Il y a des chances, Jeff, ça
m’étonnerait que cette coïncidence ne soit qu’un pur hasard ! Mc Kenzie
devait avoir ses petites habitudes, on va aller y faire un tour et poser
quelques questions. Il reste peut-être encore des gens qui n’ont pas déménagé
et qui se souviendront de ce type, mais…
-Mais ? reprit Jefferson,
impatient.
-Mais ça n’explique pas le lien avec
les autres meurtres. La signature du meurtrier est la même à chaque fois. Quel
message voulait livrer l’auteur ? Quelle œuvre espère-t-il ainsi
accomplir ? Quand je pense que je vais devoir me farcir la biographie de
ces types ! S’ils sont du même acabit que les deux autres, ça
promet ! Il va falloir trouver comment s’enclenchent toutes ces affaires.
-Ce sont les traîtres qu’on abat d’un
coup de poignard dans le dos » enchérit Jefferson.
-Ou les lâches » compléta
l’inspecteur, les yeux vagues.
« - Et ceux portés devant c’est
pour être bien certain qu’ils ne se relèveront pas d’entre les
morts !
-Du travail bien fait, en somme ?
-Oui, Jeff, du travail propre,
appliqué, un exécuteur méticuleux, qui sait ce qu’il doit faire… et
comment »
-Il faut qu’on aille faire un tour du
côté de la société immobilière de Mc Kenzie, Jeff, en connaître l’historique,
le financement, les membres fondateurs.
- Les cafards se regroupent
toujours. » commenta Jefferson.
« -Oui, en cas de disette, ils
peuvent au moins se bouffer entre eux. Il ressemble à quoi l’immeuble de
l’ancienne adresse ?
-Bof, vous savez, ces quartiers-là ont
bien changé, c’est pas moi, avec ma petite paye qui pourrait m’y installer,
alors qu’il y a une dizaine d’années, j’aurais peut-être pu ! »
répondit Jefferson, en attrapant les clés d’une voiture d’intervention au
tableau réservé aux inspecteurs.
Phil Lockwood marmonna, vaguement
compatissant.
« -Nous allons d’abord aller fouiller
un peu dans les projets immobiliers de Mc Kenzie. Il faudrait voir si lui et
Espanes jouaient dans les mêmes châteaux de sable et s’ils partageaient leurs
seaux. Ensuite nous irons manger une pizza chez Paulo, Jeff. Je vous
invite ! Ensuite on se fera une petite ballade digestive dans le
quartier !»
Jefferson fit oui de la tête, ne
cherchant pas à comprendre les drôles de métaphores de son chef. Ces gens qui
ont fait trop d’études ont des tournures d’esprit bizarres.
Lockwood, lui, repensait à son entrevue
avec la femme d’Espanes, une petite tigresse métisse qui l’avait pris de haut,
plantée sur son mètre cinquante et ses talons compensés. Elle avait tout de
suite proféré des menaces au cas où Lockwood ne ferait pas son travail et que
l’enquête ne progresserait pas assez vite ! Phil ne doutait pas que de son
côté, elle prendrait très vite ses cliques et ses claques pour aller se mettre
au vert. Cette agressivité n’était que de façade, la jeune femme avait peur,
l’inspecteur en aurait mis sa main au feu.
A l’en croire, son portoricain d’époux
n’avait rien à se reprocher, un modèle d’homme. Il ne lui avait pas fait
d’enfant néanmoins. Phil ne pouvait pas comprendre qu’une femme qui n’a pas d’enfant
de son mari puisse s’en féliciter. S’il était si parfait, pourquoi ne lui
avait-elle pas pondu une ribambelle d’Espanes miniatures ?
Quelque chose ne collait pas. Lockwood
aurait bien confié le rôle de la veuve joyeuse à la jeune métisse. Elle avait
plutôt le type du jouet sexuel que de la parfaite petite épouse. Il faudrait
vérifier sa nationalité, même si cela n’avait rien à voir avec l’enquête sur
les meurtres.
Ce mariage sentait le bidon de pétrole
frelaté. Ca ressemblait plutôt à de la lotion pour cheveux gras gominés qu’à un
carburant de première classe.
Lockwood décida d’envoyer ses gars chez
Espanes fouiner un peu. Avec un peu de chance, il collectionnait les mêmes DVD.

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