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dimanche 8 avril 2018

Chapitre 21 : La série noire

« -Trois autres, chef, en tout j’ai relevé trois autres crimes commis avec le même scénario sur Manhattan, Brooklyn et aussi un à Central Park, quelques mois plus tôt ! » Jefferson agitait une liasse de papiers sous le nez de Phil Lockwood, espérant le sortir de la torpeur dont il était coutumier.
« - Tous des hommes, entre cinquante cinq et soixante et quelques années, tous percés de coups de couteau, dont un   dans le dos, mortel.
-Ce qui nous fait six meurtres du même acabit sur les bras ! » énonça mornement Lockwood en laissant retomber la pile de dossiers que Jefferson venait de lui apporter, « dont deux en moins d’une semaine ! Espérons que notre tueur n’accélère pas encore le rythme ! »
Lockwood n’avait aucune préférence pour les enquêtes concernant les meurtres en série. Un meurtre isolé lui paraissait déjà bien assez compliqué. Là, il allait falloir chercher tous azimuts, dans le passé des victimes, dans leurs vies professionnelles et sentimentales et tout ça, ça prendrait du temps, beaucoup de temps.
Le maire, Michael Bloomberg, maintenait une pression de fer sur les équipes de police.
« - Ce genre d’affaires fait mauvais effet dans les statistiques de résultats. Les consignes sont drastiques et là, elles vont exploser d’un seul coup, sans parler de la peur qui va se répandre dans Manhattan si le caractère répétitif des meurtres parvient aux oreilles de la population ! » Lockwood s’était levé pour se rasseoir aussitôt sur le coin de son bureau, qu’il affectionnait tout particulièrement. De là, il pouvait jeter un œil par la fenêtre ou bien sur la salle de débriefing où s’agitaient ses hommes.
« -Les journalistes ont déjà relayé la mort de Mc Kenzie dans la presse. Ce grand magnat de l’immobilier était riche à millions, et sa disparition soulève beaucoup d’interrogations. D’autant plus qu’il ne semble pas avoir d’héritier désigné.
-Un obscur neveu du Kansas va peut-être se manifester ! » ironisa Jefferson.
 « -En attendant, les assurances vie et toute la fortune de la victime sont bloquées. » tint à préciser Phil. 
« -La bonne nouvelle, c’est la découverte que j’ai faite  à propos des cartes de visite ! » lança le subalterne, sentant le moral de son patron tomber en chute libre. 
«- Mc Kenzie a habité le quartier de la pizzeria, quinze ans plus tôt, dans un immeuble complètement rénové depuis, mais l’adresse est restée la même. Alors, ça ressemble un peu plus à un règlement de compte entre anciens voisins, hein,   chef ? » demanda Jefferson.
« -Il y a des chances, Jeff, ça m’étonnerait que cette coïncidence ne soit qu’un pur hasard ! Mc Kenzie devait avoir ses petites habitudes, on va aller y faire un tour et poser quelques questions. Il reste peut-être encore des gens qui n’ont pas déménagé et qui se souviendront de ce type, mais… 
-Mais ? reprit Jefferson, impatient.
-Mais ça n’explique pas le lien avec les autres meurtres. La signature du meurtrier est la même à chaque fois. Quel message voulait livrer l’auteur ? Quelle œuvre espère-t-il ainsi accomplir ? Quand je pense que je vais devoir me farcir la biographie de ces types ! S’ils sont du même acabit que les deux autres, ça promet ! Il va falloir trouver comment s’enclenchent toutes ces affaires.
-Ce sont les traîtres qu’on abat d’un coup de poignard dans le dos » enchérit Jefferson.
-Ou les lâches » compléta l’inspecteur, les yeux vagues. 
« - Et ceux portés devant c’est pour être bien certain qu’ils ne se relèveront pas d’entre les morts ! 
-Du travail bien fait, en somme ?
-Oui, Jeff, du travail propre, appliqué, un exécuteur méticuleux, qui sait ce qu’il doit faire… et comment »
-Il faut qu’on aille faire un tour du côté de la société immobilière de Mc Kenzie, Jeff, en connaître l’historique, le financement, les membres fondateurs.
- Les cafards se regroupent toujours. » commenta Jefferson.
« -Oui, en cas de disette, ils peuvent au moins se bouffer entre eux. Il ressemble à quoi l’immeuble de l’ancienne adresse ?
-Bof, vous savez, ces quartiers-là ont bien changé, c’est pas moi, avec ma petite paye qui pourrait m’y installer, alors qu’il y a une dizaine d’années, j’aurais peut-être pu ! » répondit Jefferson, en attrapant les clés d’une voiture d’intervention au tableau réservé aux inspecteurs.
Phil Lockwood marmonna, vaguement compatissant.
« -Nous allons d’abord aller fouiller un peu dans les projets immobiliers de Mc Kenzie. Il faudrait voir si lui et Espanes jouaient dans les mêmes châteaux de sable et s’ils partageaient leurs seaux. Ensuite nous irons manger une pizza chez Paulo, Jeff. Je vous invite ! Ensuite on se fera une petite ballade digestive dans le quartier !»
Jefferson fit oui de la tête, ne cherchant pas à comprendre les drôles de métaphores de son chef. Ces gens qui ont fait trop d’études ont des tournures d’esprit bizarres.
Lockwood, lui, repensait à son entrevue avec la femme d’Espanes, une petite tigresse métisse qui l’avait pris de haut, plantée sur son mètre cinquante et ses talons compensés. Elle avait tout de suite proféré des menaces au cas où Lockwood ne ferait pas son travail et que l’enquête ne progresserait pas assez vite ! Phil ne doutait pas que de son côté, elle prendrait très vite ses cliques et ses claques pour aller se mettre au vert. Cette agressivité n’était que de façade, la jeune femme avait peur, l’inspecteur en aurait mis sa main au feu.
A l’en croire, son portoricain d’époux n’avait rien à se reprocher, un modèle d’homme. Il ne lui avait pas fait d’enfant néanmoins. Phil ne pouvait pas comprendre qu’une femme qui n’a pas d’enfant de son mari puisse s’en féliciter. S’il était si parfait, pourquoi ne lui avait-elle pas pondu une ribambelle d’Espanes miniatures ?
Quelque chose ne collait pas. Lockwood aurait bien confié le rôle de la veuve joyeuse à la jeune métisse. Elle avait plutôt le type du jouet sexuel que de la parfaite petite épouse. Il faudrait vérifier sa nationalité, même si cela n’avait rien à voir avec l’enquête sur les meurtres.
Ce mariage sentait le bidon de pétrole frelaté. Ca ressemblait plutôt à de la lotion pour cheveux gras gominés qu’à un carburant de première classe.
Lockwood décida d’envoyer ses gars chez Espanes fouiner un peu. Avec un peu de chance, il collectionnait les mêmes DVD.

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