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dimanche 8 avril 2018

Chapitre 17 : Retour à la case crime

Maître Sarah Lowenstein avait plus d’un atout dans son sac.
Une longue carrière riche en plaidoiries lui avait permis de garnir fort opportunément son compte en banque et son carnet d’adresses. L’ami qui avait conseillé Emma aurait pour le moins mérité de sortir de l’anonymat en récompense de ses conseils de très bon aloi...
Elle était passée au bureau du procureur pour finaliser un autre dossier en cours et en avait profité pour fouiner un peu et demander deux ou trois tuyaux à des contacts dévoués. Dans quelques heures, si tout allait comme elle le souhaitait, elle devrait en savoir un peu plus sur l’affaire de la rue de la pizzeria.
En attendant, pendant que tout cela mitonnait gentiment, elle se rendait sur les lieux du crime pour avoir la version détaillée de ce Jack. Elle n’avait pas encore décidé si elle devait le croire ou non. Son expérience des hommes lui avait appris à se méfier de ceux qui ont l’air trop vulnérable. De plus, ce beau grand brun aux yeux gris n’était pas trop mal entouré. Le charme est un atout important pour survivre à New York. Il en aurait bien besoin.
La décapotable dénotait effroyablement dans le quartier mais Sarah avait l’habitude de provoquer les commentaires. Elle appuya deux fois sur sa télécommande pour bien enclencher l’alarme assourdissante livrée de série avec la voiture, au cas où.
Elle vit Jack qui arrivait sans se presser au bout de la rue, quand il l’aperçut, il jeta un coup d’œil à sa montre et allongea la foulée. Il avait mis un jean bien coupé et une veste bleu marine qui s’ouvrait sur un pull beige ras du cou. Cette élégance discrète lui allait bien. Elle le salua de la main, mais c’est lui qui engagea la conversation.
« -Comment allez-vous Maître …? Sarah avait l’habitude que ses clients aient un peu de mal à retenir son nom…
-Fort bien monsieur Fraser, je suppose que vous avez bien profité de votre « home sweet home » hier soir ?
-Je vous remercie, oui, même si je vous avoue que je n’ai pas aussi bien dormi que je l’aurais souhaité ! Je me suis mis dans de sales draps ici…Je le regrette, si vous saviez…
-Je m’en doute mais vous n’êtes pas encore devant les jurés, pas d’affolement, Fraser.
- Appelez-moi Jack !
-Je vais essayer. Allons-y voulez vous ? Dites-moi où tout cela a commencé ! »
Fraser l’entraîna quelques centaines de mètres plus loin. Il n’y avait pas de doutes à avoir, de toute façon, au sol, on pouvait encore voir les résidus de la mare de sang échappé du corps de Mc Kenzie. Un trait de peinture blanche dessinait même sa silhouette à moitié sur le trottoir et sur la chaussée.
Sarah Lowenstein se planta sur ses talons aiguilles légèrement écartés et laissa fuser un sifflement appréciateur.
« -Dites donc, ils ne l’ont pas raté ceux qui ont fait ça. Il n’a pas dû traîner longtemps, hein ?
-Je n’en sais rien, moi, quand je l’ai trouvé, il commençait déjà à être comme du carton.
-Mais qu’est-ce qui vous a pris de tripoter ce mec ?
-Je ne sais pas, j’avais bu. J’avais l’intention de chercher des papiers d’identité…Je sais, j’aurais dû appeler les flics tout de suite. Je sais pas comment j’ai pu faire ça. C’est nul, je m’en veux tellement !
-Les cartes de visite, c’est vous qui les avez laissées par terre ?
-Non, je crois qu’elles étaient déjà à moitié sorties de sa poche…C’est comme ça que j’ai trouvé la bille.
-La bille ? Quelle bille ? Vous n’en avez pas parlé à l’inspecteur ?!
-Je ne crois pas.
-Moi, j’en suis sûre ! J’ai bien lu le procès verbal, vous vous souvenez, j’étais là ? Ecoutez moi bien, Jack Fraser, » dit-elle en posant ses deux mains à plat sur les épaules de Jack, « si vous voulez que je reste de votre côté, il va falloir jouer franc jeu avec moi, hein ? Plus question de faux fuyants, ni de tergiversations de gamin de cinq ans. Vous me racontez tout ou je vais jouer ailleurs. Vous m’avez bien compris ? » C’est tout juste si elle ne lui avait pas pris le menton dans deux doigts pour le forcer à la regarder dans les yeux !
« D’accord ! D’accord ! Je vais tout vous dire. J’étais gris vous comprenez ? Gris de chez gris ! J’ai vu ce mec là par terre dans le noir, je me suis penché pour voir si je pouvais encore quelque chose pour lui. Je me suis rapidement rendu à l’évidence, il était raide, encore plus raide que moi ! Ca, je peux vous le garantir ! Et moi, je vous l’avoue, sur le coup, ça m’a fait marrer ! Nerveusement, bien sûr ! Un peu plus, et c’était moi, à sa place ! La vie est tellement bizarre ! Je lui ai fait les poches, comme ça, au point où il en était, qu’est-ce que ça pouvait lui faire qu’on le fouille ? Il n’y avait rien dans ses poches, ni portefeuille, ni téléphone, rien qui permette de l’identifier a priori, à part peut-être les cartes de visite, mais j’étais pas sûr ! Et cette petite bille, tout au fond de la poche de son pantalon. Je ne sais pas pourquoi je me la suis appropriée, et puis là…
-Oui ? interrogea Lowenstein qui piaffait ;
-Là, il y a eu Connie qui a débarqué, c’est là que j’ai paniqué, je me suis dit qu’il ne valait mieux pas qu’on fasse le rapprochement entre ce gars là et moi ; Connie a tellement d’imagination, si vous saviez toutes les sornettes qu’elle invente. Je le sais bien ! J’ai habité le quartier il n’y a pas si longtemps.
-Ah bon, vous habitiez loin d’ici ?
-Non, à deux pâtés de maison.
-Lockwood le sait ?
-Pas à ma connaissance.
-Je ne me souviens pas que vous l’ayez mentionné dans votre déposition. Avec un peu de chance, il l’ignore encore.
-Qu’est-ce que ça pourrait changer ?
-Tout peut-être, c’est à vous de me le dire, Fraser.
-Rien, ça ne change rien ! Je ne vous comprends pas ?
-Ca ne fait rien, on en reparlera plus tard. Que s’est-il passé ensuite avec cette Connie ?
-Je l’ai vite entraînée plus loin, je ne voulais pas qu’elle voie le macchabée et qu’elle tire des conséquences malheureuses pour ma réputation, déjà bien mise à mal !
-Et ensuite ?
-On est allé chez Paulo.
-Des gens vous ont vu ?
-Bien sûr, en tout cas, il y avait Maugham !
-Ah oui, la petite serveuse, votre ex, c’est ça ?
-Hun, hun.
-Venez, allons-y ensemble. Cette Maugham m’intéresse. »
Sarah tourna les talons et, suivie de Fraser, repartit vers la pizzeria du bout de la rue.
« -Vous me donnerez cette bille, Fraser, » lança-t-elle sans se retourner. « Il ne faut pas la garder, c’est une pièce à conviction
-Ma bille ?
-Elle n’est pas à vous, Fraser, elle appartient à un mort ».

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