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dimanche 8 avril 2018

Chapitre 16: Central park

Central Park résonnait des cris des enfants qu’on avait lâchés dans les allées avant de les recoller devant la télé ou la console de jeu. A quelle consolation exactement ce terme faisait-il référence ? Sans doute à celle qui faisait défaut aux gamins dont les parents ne s’occupaient pas. Tout âge a ses occupations, les enfants se consolaient donc.
Jason lui, avait renoncé à essayer de consoler Samy. Il préférait s’en occuper de façon à ce qu’elle souffre le moins possible de la minute d’inattention ayant conduit l’enfant au drame, qu’il ne se pardonnerait jamais.
Le jeune homme avait porté Sam pour sortir de son fauteuil et l’avait aidée à accrocher ses mains à une barre prévue pour s’entraîner à faire des tractions. Les pieds de la petite fille de huit ans traînaient piteusement par terre et les baskets ne trompaient personne. Il y avait bien longtemps que ces pieds là n’avaient pas foulé le sable pour y laisser leurs empreintes.
« Allez Samy, encore un effort, pense comme ton père sera fier de toi si tu lui dis que tu en as fait cinquante aujourd’hui !
-Cinquante ? J’en ferai jamais cinquante Oncle Jason, encore trois…
-Courage, fais en cinq, je te ferai cinq bisous !
-Bon, j’essaye ! Encore quatre…trois…
-Encore dix ! Lança une bonne grosse voix derrière Sam tandis que deux bras forts la soulevaient et la faisait tournoyer en l’air.
-Kyle ! Pose-moi ! Tu me donnes le tournis ! Je vais vomir mes cookies si tu continues ! s’écriait la petite fille, entre deux éclats de rire, nattes tournoyant au vent !
L’homme, un géant à la tête couverte de dreadlocks tenait la petite fille à bouts de bras sans effort apparent. Les autres enfants autour d’eux regardaient la scène avec envie.
-Comme tu voudras ! » déclara le dénommé Kyle en tournant une dernière fois encore plus vite.
« - Salut Jason, en forme ? » Kyle tapa sur l’épaule de Jason et lui serra chaleureusement la main. Il déposa Samantha dans l’herbe. La petite fille s’allongea et attrapa un brin d’herbe qu’elle mâchouilla.
-Mouais, le temps se radoucit on dirait.
-Du boulot ? demanda Kyle qui n’ignorait rien des aléas du métier de Jason.
-Pas pour tout de suite, mais je viens de signer un gros contrat pour octobre, répondit Jason. Et toi ?
- La routine, rien de neuf, le magasin ne tourne pas trop mal.
-On ne s’ennuie pas dans le quartier, Samy m’a dit que les flics avaient encore ramassé un pauvre type hier soir.
- Pauvre type, ouais, ça dépend comment on le voit.
-Qu’est-ce que tu veux dire ? » questionna Jason.
Kyle hésita avant de répondre :
-Il parait qu’il avait des grolles à mille dollars.
-Ah bon, comment tu sais ça ?
-C’est Paulo », répondit Kyle avec un accent italien très exagéré. Tout le monde savait dans le quartier que Paulo était d’origine russe et qu’il avait changé de prénom pour donner plus de pittoresque à la pizzeria.
Jason partit d’un rire moqueur… « Ah oui, Paulo ! Punaise ! Celui-là, il ne change pas, c’est la gazette du quartier ! »
Le jeune homme se leva d’un bond pour déposer Samy dans son fauteuil roulant:
« -Allez la puce ! Assez flemmardé ! En route pour les barres parallèles ! »
Kyle se leva lui aussi un peu moins prestement, les muscles ne favorisent pas nécessairement la souplesse, et le sexagénaire ne pouvait rivaliser sur ce terrain avec son jeune ami.
Le parc était aménagé pour que les sportifs puissent s’échauffer et disposait d’un parcours de santé joignant l’utile à l’agréable pour la petite Samy. Elle le connaissait par cœur et s’était enfuie de toute la force de ses bras, toute fière de montrer aux deux hommes, ses deux grands chevaliers servants, les progrès qu’elle avait faits.
« -A quoi penses-tu, Jason ? » demanda Kyle étonné du silence de son jeune ami.
« -Je pense que s’il n’y avait pas eu ce connard, elle galoperait devant nous et nous ferait chier pour qu’on l’emmène voir des copains, au lieu de ça, elle est obligée de rester scotchée dans ce putain de fauteuil !
-Tu te fais du mal, Jason, elle n’est pas malheureuse, tu sais, les enfants s’adaptent très bien…
-Qu’est-ce que tu en sais, toi, t’as même pas d’enfant, à part Samy, je t’ai jamais vu approcher un petit…
-C’est pas parce que je n’en ai pas que je ne sais pas. Je regarde, et je comprends en général pas mal de choses, fils. »
Kyle aimait beaucoup Jason et avait pris l’habitude de lui donner ce surnom affectueux que Jason appréciait habituellement beaucoup.
« -Ah, laisse tomber, c’est cette rage en dedans, je ne peux pas la contrôler, on dirait que plus le temps passe plus elle m’étouffe.
-C’est normal. Je te comprends. Tu t’es beaucoup investi dans la rééducation de la petite et tu voudrais qu’elle serve à quelque chose. Sois patient, elle est jeune, elle s’en sortira…
-En attendant, elle n’a pas l’enfance qu’elle aurait dû avoir ! C’est pas juste ! Pourquoi n’a-t-il pas percuté la cabine téléphonique l’autre connard ! Ah ! Si seulement j’avais pu lui casser les jambes à lui aussi !
-C’est du passé maintenant, il faut aller de l’avant Jason ! Reprends-toi, elle a besoin de toi, et Luke et Susan aussi. Tu sais bien que la police a tout essayé pour le retrouver.
-La police ! Autant pour eux essayer de retrouver les os d’un cadavre dans une crotte de chien ! Il y a belle lurette que je ne crois plus aux miracles.
-Tu as peut-être tort en ce qui concerne Samantha. Moi, j’y crois en cette opération, et tu ferais bien d’y croire aussi, ne serait-ce que devant elle ! Tu crois qu’elle ne voit pas que tu t’inquiètes ? Tu crois que ça ne lui fait rien ?
-Désolé, Kyle, tu as raison. Je vais me reprendre, je te promets.
-Jason ! Jason ! » Samantha s’impatientait. Ces adultes ! Tout le temps en train de parler ! pensait-elle.
« -J’ai un programme d’exercices à faire, moi, » leur cria-t-elle. « Je n’ai pas que ça à faire de vous attendre, allez, un peu de nerf, qui vient me soulever jusqu’aux barres ?! »
Kyle et Jason firent mine de se battre pour être le premier à arriver aux barres symétriques.
Il y en avait de différentes hauteurs, et ils installèrent Samy à celles d’une hauteur moyenne, chacun la soutenant d’un côté. Ils applaudirent chacune de ses traversées. C’était vrai qu’elle avait fait des progrès, et Jason se sentit un peu réconforté.
Kyle avait sans doute raison : tout ne pouvait pas être fini, à huit ans.

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